Dysplasie oculo-dento-digitale (DODD) : une maladie génétique rare

La dysplasie oculo-dento-digitale (DODD) est une maladie génétique rare qui touche à peine un millier de personnes dans le monde. Elle se caractérise par des anomalies localisées essentiellement au niveau des yeux, des dents et des doigts.

Des dérèglements musculaires et neurologiques sont également observés. Certains signes sont visibles dès la naissance alors que d’autres évoluent avec l’âge.

Les causes de la DODD

La dysplasie oculo-dento-digitale résulte d’une mutation génétique dont les répercussions sur l’organisme sont multiples. Rappelons qu’un organisme vivant est composé de cellules. Chaque cellule possède un noyau dans lequel se trouve l’ADN stocké dans 23 paires de chromosomes.

L’ADN est comparable à un grand livre de recettes qui indique à la cellule ce qu’elle doit cuisiner. Ce livre s’appelle le génome. Chaque recette correspond à un gène. A l’aide des instructions contenues dans la recette, la cellule concocte toutes sortes de molécules indispensables au bon fonctionnement de l’organisme (protéines, hormones…). Certaines cellules vont se spécialiser dans la préparation de desserts alors que d’autres prépareront plutôt des entrées ou des plats de résistance.

La cellule et l'ADN

Chaque cellule du corps humain comporte 23 paires de chromosomes.

Quand une mutation se produit sur un gène, la recette change. Le plat ne correspond plus tout à fait à ce qui était prévu au départ. Il est trop salé ou trop épicé… C’est ce qui se passe dans la DODD. Le gène GJA1 (la recette) qui permet à la cellule de produire une protéine appelée « connexine 43 » (le plat) a subi plus de 45 mutations. Ces changements affectent la configuration de la protéine et modifient ses propriétés.

Transmission de la maladie

La dysplasie oculo-dento-digitale est une maladie génétique héréditaire. Une personne affectée hérite de la mutation présente chez un de ses parents, la mère ou le père indifféremment. L’affection est dite de transmission autosomique dominante. C’est-à-dire qu’il suffit d’une seule copie du gène GJA1 altéré dans la cellule pour provoquer le trouble.

Gène GJA1

Position du gène GJA1 sur le chromosome 6 (q22-q23).

Toutefois, il est possible que le gène GJA1 mute pour la première fois chez une personne qui n’a pas d’antécédents familiaux. Les signes de la maladie ne se développent pas forcément. Le gène muté se transmet ensuite à ses descendants et devient héréditaire avec des manifestations de l’affection.

Rôle de la connexine 43

Les connexines sont des protéines dites membranaires qui jouent un rôle dans la communication cellulaire. Elles forment un canal (un connexon) qui relie deux cellules entre elles et par lequel transitent diverses molécules. Ces jonctions de type gap ou « gap junction » interviennent dans l’activité électrique neuronale, cardiaque et musculaire.

Connexine

Les connexines créent des canaux de communication entre deux cellules.

Nommée ainsi en référence à son poids moléculaire (43 kilodalton), la connexine 43 est présente dans de nombreux tissus tels que les yeux, la peau, les os, les oreilles, le cœur et le cerveau. Elle joue également un rôle essentiel dans le développement embryonnaire.

Conséquences d’une connexine 43 anormale

Le gène GJA1 muté se trouve sur le chromosome numéro 6. Il produit une connexine 43 qui n’est pas pleinement fonctionnelle. La conséquence est une communication cellulaire entravée.

Concrètement, les canaux formés à la surface de la cellule avec des connexines 43 anormales sont très souvent fermés en permanence. Le transport des molécules devient alors impossible. L’échange de signaux entre les cellules est rompu. Par ailleurs, certaines mutations empêchent les connexines 43 de se positionner correctement dans la membrane. Les canaux communicants ne peuvent donc pas se former.

Toutes ces perturbations de communication gênent la croissance et la spécialisation des cellules. Ces processus sont pourtant essentiels pour déterminer la forme et la fonction de nombreuses parties du corps. La connexine 43 anormale à l’origine de ces problèmes de développement provoque les signes cliniques et les symptômes caractéristiques de la dysplasie oculo-dento-digitale.

Les signes et les symptômes

Les personnes atteintes de dysplasie oculo-dento-digitale présentent des signes typiques qui touchent notamment les yeux, les dents, les doigts et le nez. L’importance de ces manifestations visibles sont variables selon les individus. Quant aux symptômes, ils sont plutôt d’ordre musculaires et neurologiques.

  • Nez
    Un nez étroit et des ailes du nez courtes sont caractéristiques de la DODD. On parle d’hypoplasie. Ce terme est employé pour désigner un développement insuffisant d’un organe ou d’un tissu.
  • Doigts
    Un enfant atteint de DODD peut naitre avec une malformation des doigts. L’auriculaire et l’annulaire sont collés l’un à l’autre par la peau. Il s’agit d’une syndactylie des 4e et 5e doigts de la main. Dans certains cas, les orteils peuvent également être touchés. L’impact de la syndactylie est à la fois esthétique et fonctionnel puisqu’elle diminue la mobilité des doigts. Plus rarement, l’enfant présente un auriculaire replié sur lui-même de façon permanente. C’est ce qu’on appelle une camptodactylie.
  • Dents
    Les personnes affectées par la maladie peuvent présenter des dents petites et fragiles. La couche externe d’email dentaire est faiblement développée et les dents tombent facilement.
  • Yeux
    Les personnes atteintes de la dysplasie oculo-dento-digitale ont parfois de petits yeux (microphtalmie) associés à une cornée plus petite que la normale (microcornée). Chez certains sujets, on note un rapprochement inhabituel des orbites (hypotélorisme). La DODD favorise aussi le développement d’anomalies oculaires entrainant une baisse de l’acuité visuelle. Le glaucome et la cataracte en font partie.
  • Pilosité
    Chez certains individus, on observe un défaut de pilosité du cuir chevelu appelée hypotrichose. Les cheveux sont clairsemés, fins et courts. Ils tombent parfois de manière progressive pendant l’enfance.
  • Ongles
    Les ongles peuvent être plus fragiles chez les personnes atteintes de la dysplasie oculo-dento-digitale.
  • Muscles
    Une rigidité musculaire appelée spasticité est parfois constatée. Le muscle a tendance à se contracter de façon anormale. Certains patients présentent également des difficultés à coordonner leurs mouvements. Cette pathologie neuromusculaire nommée ataxie n’est pas liée directement à un dysfonctionnement des muscles mais plutôt à une déficience du système nerveux provoqué par la dysplasie.
  • Tête
    Une tête de petite taille (microcéphalie) est un des signes de la maladie chez certains patients.

Les traitements de la DODD

Il est impossible de réparer la mutation du gène GJA1 directement sur l’ADN. Il n’est pas possible non plus de contre-carrer les effets de la connexine 43 anormale au niveau moléculaire.

En revanche, il existe de nombreuses solutions pour traiter les signes visibles et atténuer les symptômes déjà déclarés. Une surveillance régulière assure également un contrôle satisfaisant de l’évolution de la maladie.

  • Doigts
    Une chirurgie plastique permet de remédier facilement à la syndactylie en séparant les doigts collés.
  • Yeux
    Une surveillance de l’acuité visuelle ainsi qu’un dépistage du glaucome permettent de traiter en amont les déficiences visuelles. Par exemple, la rééducation des yeux aide à corriger un strabisme provoqué par une faiblesse musculaire liée à la maladie.
  • Dents
    Le port de couronnes peut pallier les défauts de dentition. La consultation régulière d’un dentiste est d’ailleurs conseillée pour prévenir d’éventuels problèmes dentaires liés à la maladie.
  • Autres
    Des examens neurologiques et auditifs sont également recommandés en fonction des symptômes.
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Pour en savoir plus

Voici quelques ressources à consulter pour en savoir davantage sur la dysplasie oculo-dento-digitale.

Gène GJA1 :
https://ghr.nlm.nih.gov/gene/GJA1 (en anglais)

Dysplasie oculo-dento-digitale :
https://www.orpha.net/consor/cgi-bin/OC_Exp.php?Lng=FR&Expert=2710 (en français)
https://ghr.nlm.nih.gov/condition/oculodentodigital-dysplasia (en anglais)
https://rarediseases.org/rare-diseases/oculo-dento-digital-dysplasia/ (en anglais)